Mercredi 11 juillet 2007

La défense de Kalandar

Des nuages lourds de menaces cachaient la lune. Une obscurité malsaine entourait Kalandar. Humains et nains, debout cote à cote sur les remparts de la cité frontière, plissaient les yeux en espérant apercevoir leurs ennemis, mais nul ne parvenait à distinguer une cible clairement. Des flèches enflammées étaient lancées régulièrement au hasard pour fournir un minimum de lumière. Les morts se tenaient cependant suffisamment en retrait pour rester intouchable et prenaient soin d’éteindre les petits incendies rapidement, ajoutant encore à l’angoisse des soldats.


Frumbak tenait sa hache fermement, et l’excitation du combat commençait à monter en lui.


« - Qu’ils viennent et qu’on en finisse ! J’en ai assez d’attendre… j’ai besoin de me défouler. Tu les vois toi ? Ils arrivent ? Ils bougent ? Ils sont ou ? Par ma barbe, j’ai besoin de me battre !!
- Ne t’en fais pas pour ça. On dirait une forêt en mouvement, dis je d’un ton sombre. La nuit sera très longue… et tu auras largement le temps de te défouler si on ne meurt pas. »


Pendant près d’une heure, la situation n’évolua pas. Tout le monde était sur le qui vive. De tous les défenseurs de la cité, j’étais le seul à voir presque clairement les mouvements ennemis. Ils attendaient je ne sais quoi. Ils étaient statiques… une armée de statues. Un grand cavalier passa devant les lignes ennemies, et les statues s’animèrent, avançant du même pas régulier, semblant être dirigés par un seul et même esprit mauvais. Le bruit était assourdissant. La terre tremblait sous les pas des morts. Tout le monde savait que l’assaut était lancé.

Je pris mon arc, j’enflammais une flèche, puis je suivis les anciens conseils de l’œil. Anticiper le déplacement, ralentir le cœur, bloquer chaque membre du corps, couper la respiration et relâcher la corde. La flèche vola loin, filant comme une étoile dans l’obscurité. Elle se ficha dans la tête d’un cadavre plus imposant que les autres. Le feu se propagea rapidement sur le mort qui continua de marcher jusqu'à ce que des lambeaux de chair se détachent de son corps. En quelques instants il ne restait de lui qu’un amas de cendre encore fumant.

Les archers humains bandaient leurs arcs, attendant les ordres de leurs supérieurs. Un bras se baissa. Plusieurs centaines de flèches enflammées éclairèrent un instant le champ de bataille, et tous purent voir l’immensité de l’armée obscure. A vu de nez, j’aurais dit qu’entre 4000 et 5000 cadavres se dirigeant vers Kalandar, et environ un millier d’homme pour défendre la ville. Même si le feu éclaircissait les rangs adverses, c’est une véritable vague de corps en décomposition qui atteignit les murs de la cité.

Le premier choc fut terrible. J’ai bien cru que le mur allait tout simplement céder. Leur technique d’assaut était simple : il se montaient les uns sur les autres, sans crainte des pertes, pour parvenir à franchir le mur d’enceinte et ainsi pénétrer dans la ville fortifiée. Sur le chemin de ronde, la bataille battait son plein. Le principal souci des défenseurs était bien sur de réussir à mettre hors combat des morts vivants. Beaucoup des assaillants avaient un ou deux membres en moins, mais n’en restait pas moins dangereux. Je vis même, un cadavre en phase de décomposition très avancée, sans bras ni jambes, en train de s’accrocher a la jambe d’un nain avec les dents…

La défense ne pu que ralentir l’inéluctable. Les morts prenaient pied sur le parapet, les uns après les autres. Les défenseurs subissaient des pertes de plus en plus lourdes. La plupart des recrues fuyaient déjà, et seul ne restaient que les véritables guerriers, ceux élevés au coeur des batailles, ne craignant pas la douleur, savourant même avec délice le sang qui coulait de leur plaie. J’étais parmi eux. Côte à côte avec Frumbak, nous tenions de front. J’avais depuis longtemps lâché mon arc pour me saisir de l’épée de mon père, tranchant avec allégresse chacun des adversaires qui se présentaient devant moi.

La fatigue est une chose qui ne touche pas les morts, mais les vivants en subissent tous les conséquences. Les gestes sont moins vifs, l’attention se relâche. Il n’y a qu’une solution pour faire face à la fatigue, c’est le repos, et nous ne pouvions nous permettre ce luxe. Nous étions les derniers défenseurs autour de la porte nord. Nous reculions, pas à pas, mètre après mètre, défendant chèrement chaque parcelle de terrain perdu. Après avoir tranché une paire de jambe d’un seul coup de hache, Frumbak me hurla :


« - J’en peux plus, faut qu’on se casse de la et vite, sinon on va se faire bouffer ! A trois, on court ! Un… deux…. Trois… »

Nous avons rompu le combat ensemble pour faire demi tour. Nous courions, avec réellement la mort à nos trousses, dans les dédales de couloirs et d’escalier des défenses de Kalandar. Bien peu d’opposants sur notre route, l’intérieur de la ville devait encore être saine, il fallait battre le rappel des troupes pour continuer le combat au cœur même de la cité, dans toutes les rues et ruelles. Ralentir l’avancée des troupes damnées, et prier pour que l’on tienne jusqu’au petit matin.


Une fois arrivé dans la cours d’entrée de la porte nord, nous avions réuni une petite troupe d’une vingtaine d’homme, plus ou moins en bon état. Ce n’était pas les paysans qui avaient été recruté la veille, mais bien des guerriers, fatigués mais prêt à vendre chèrement leur peau dans un âpre combat. Les morts avançaient toujours malgré leurs pertes immenses, et nous reculions toujours. Les forces sombres avait pénétré l’enceinte de la cité et s’attelaient maintenant à réduire la porte en miette pour laisser entrer le gros des troupes. Nous avions échoué à défendre cette partie du mur, et nous allions en subir les conséquences bientôt.

Dans un fracas, la lourde porte du mur d’enceinte s’effondra, et l’armée de mort vomi sa puissance à l’intérieur de la ville frontière. Les cadavres avançaient d’un pas mécanique, tous tournés vers le même objectif de destruction totale, l’anéantissement de toute vie dans Kalandar. Derrière le flot de fantassins mort vivants, venait l’obscur cavalier. Il ne faisait rien a par avancer derrière ses troupes. Nous reculions toujours, quittant la place centrale pour continuer le combat dans une ruelle. Je montais sur une des barricades construite la veille et je sorti mon arc. Des flèches avait été préparé et je disposais dès lors d’une arme mortelle pour les non morts. Les nains avaient remplacé les pointes métalliques des projectiles par des petits sacs emplis d’huile desquels sortait une mèche de bougie. Une fois la mèche enflammée, le feu se propageait jusqu’au sac d’huile pour l’enflammer. Je tirais ces flèches sans chercher à toucher une cible, de toute façon, le feu réduirait quelques adversaires en cendre.

Frumbak tenait la position, repoussant les cadavres qui essayaient de m’atteindre.


« - Vas y, mon grand, continue *Schlak sclak* on va les avoir… allez continue ! Toi, tu recules, cria-t-il à un cadavre trop proche.
- Y a plus de flèches de feu !! , lui signalais-je
- Merde !! *Schlak sclak* Bon ben on recule tu es prêt ?

- Un instant… »


Je pris une flèche classique. Calmement, je fis abstraction des combats autour de moi pour me concentrer et être sur d’atteindre ma cible. Elle était éloignée, peut être trop, mais il me fallait tenté le coup…Je bandais mon arc, et lâchais ma flèche, ma dernière.  Elle vola au dessus des cadavres, sa course parut sans fin. Après un instant qui me parut interminable, elle atteint son objectif et se ficha dans le torse du cavalier obscur. Négligemment, il ôta le projectile puis sembla chercher des yeux son agresseur. Il plongea son regard dans le mien et j’eu l’impression qu’il fouillait à travers mes entrailles. Il était partout en moi, m’étudiant presque avec curiosité. Dans ma tête, une voix d’outre tombe résonnait

* - Alors Carael est mort par ta faute… j’aurais ta tête Maelan l’elfe et je boirais ton sang*

Le cavalier tourna bride et poussa la masse de cadavre qui l’entourait, il se dirigea vers nous. Je criais à Frumbak :


« - Frum’ je crois qu’on est repéré…
- Sors ton épée et bats toi elfe ! Bien sur qu’on est repéré, partout les morts franchissent les défenses, nous devons être parmi les derniers encore debout ! Tous les cadavres vont arriver sur nous ! Et on les découpera un par un ! *Schlak Schlak
- J’ai tiré dans le maître, et il sait qu’on a tué Carael…
- Quoi ?? Il trancha avec une vigueur renouvelée. Mais t’es fou, comme si on avait pas assez de problème comme ça !!! Faut se barrer de la et vite ! On peut se faire un nécromant en face à face mais pas si son armée le protège… faut l’isoler… on est dans la merde !! Allez on dégage ! Magne toi ! »


Nous abandonnâmes la barricade aux assaillants. De la troupe qui était arrivée dans la cours, seul une poignée put s’enfuir. Nous courions dans les rues, partout la désolation régnait. Les morts nous suivaient de près mais petit à petit nous les distancions. La cité était perdue, il nous fallait fuir, rapidement et loin. La fatigue tirait sur nos muscles fatigués, et le rythme ralentissait. En se retournant, on pouvait voir les parties de la ville déjà conquise en train de brûler. Les flammes donnaient à l’obscurité une intensité nouvelle, encore plus macabre. L’espoir nous quittait, nous abandonnions la ville, je goûtais pour la première fois la saveur acide de la défaite.

Les maisons se faisaient plus espacées, et les flancs de la montagne se faisaient plus proches. Notre course se ralentissait, nous marchions presque, la tête basse, rentrée dans les épaules. Alors que nous avancions vers la route escarpée qui était notre seule échappatoire, une voix grave nous interpella :


« - Ca a pas l’air joli en bas… besoin d’un coup de main ? »

Nous nous sommes alors retournés, pour découvrir un nain frais et dispo, jeune vu sa barbe naissante, vêtu de mailles brillantes. Frumbak sembla en colère, il s’arrêta net pour passer sa colère sur le nain :

« - Un coup de main ? Mais tu crois quoi, espèce de résidus de pourriture ?? Qu’on est la pour une promenade de santé comme toi ?? On vient de se battre pendant je sais pas combien de temps, mais j’en ai vraiment plein les pattes ! Et toi tu es resté caché la pour nous proposé de l’aide à la fin de la bataille ? Je crois que le coup de main tu vas le prendre dans ta sale face de nain imberbe !! Et tu crois que tu vas pouvoir repoussé les morts a toi tout seul ?? Tu vas leur proposer un coup de main à eux aussi ?


- J’ai entendu parler de toi, Frumbak. Tu es toujours aussi impulsif ?
dit le jeune nain en souriant. Mais je ne suis pas venu seul… »

Il souffla dans un cor, et un cœur de tambour grogna des profondeurs de la montagne.

 

 

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 4 juillet 2007

Du rire à l’angoisse…

Je me levais avec le soleil. Frumbak était déjà en train de plier le campement

« - Enfin debout ! J’ai bien cru que j’allais devoir t’attendre toute la journée… Mais je n’ai pas osé te réveiller, tu avais l’air tellement fatigué, que du coup j’ai préféré perdre mon temps ce matin en t’attendant, plutôt que de perdre un frère ce soir en combattant. Allez leve toi vite, on doit aller se présenter à la garnison ! »

J’avais mal aux jambes, et des ampoules aux pieds. Je me levais avec une grimace, quittant la couverture qui m’avait protégé du froid pendant cette nuit dans la montagne. En voyant ma tête,  mon ami nain me mit un coup derrière le genou qui m’obligea à me rassoire.

« - Bon apparemment, on est pas parti… Montre moi tes pieds", dit-il en grommelant

J’ôtais mes longues bottes de cuirs pour laisser respirer un instant mes pieds endoloris. Ils n’étaient pas beaux à voir. Garder une hygiène parfaite durant les longs voyages est particulièrement difficile, et je n’avais jamais autant marché que la veille. En plus des champignons qui me rongeaient la voûte plantaire, d’énormes ampoules étaient apparues au niveau du talon et des doigts de pied. Frumbak fit la grimace

« - Oula !! Tu caches un troll dans tes bottes !! C’est une infection ma parole !! Jamais vu ça encore… Et pourtant j’en ai vu des pieds en mauvais état. Ca fait mal si j’appuie la ? »

Il ne tira de moi qu’une grimace… Je ne lui aurais pas fait le plaisir de crier ni même de lâcher un gémissement ou un soupir. Pourtant la douleur était réelle.

« - Tu es perspicace mon ami… Mais j’aurais pu te donner la réponse avant que tu me fasses souffrir. Est-ce la ta façon de me soulager ? »

Il me regarda bizarrement et me souris amicalement. Il fouilla dans son sac pour une sortir une outre graisseuse et une grosse poignée de foin.

« - Vous êtes douillets vous les elfes ! J’te jure ! Et aucun sens de l’humour ! Tiens prends ça, dit-il en me tendant l’outre. Occupe toi de tes pieds, moi j’ose même plus y  toucher ! »

Je me m’exécutais donc en étalant consciencieusement la pommade sur mes plaies, et malgré l’odeur nauséabonde de la mixture, je sentis la douleur s’estomper et presque disparaître en quelques instants.

Pendant que je passais une seconde couche de crème, Frumbak fourrait mes bottes avec sa paille. Une fois l’opération terminée, il me jeta littéralement les chaussures à la figure et se releva d’un bond.


« - Allez tu enfiles ça et on se casse de la !
- De la paille dans mes bottes ? Ca va me gratter !
- Rien a faire, me lanca-t-il. Ca va aussi réduire les frottements et réduire l’humidité. Et donc limiter la propagation de tes mycoses ! Arrête de parler et bouge toi !
- Et la pommade ? C’est quoi ?
- Screugneugneu ! Tu veux pas que je te dise comment avoir une barbe soyeuse comme la mienne aussi ! C’est un secret nain ça !! Allez debout !
- Et si je me lève pas ?
Dis je en souriant
- Je vais te traîner sale elfe !! »

Il me pris effectivement en me tirant en riant de bon cœur sur une bonne dizaine de mètre. J’avais vraiment trouvé un compagnon des plus amical. Etrange mais fondamentalement bon. Je me relevais en époussetant mes vêtements avant de lui lancer
« - Et pour les fesses ?

- Laisse moi monter ce rocher et je vais te les botter tellement fort que tu ne les sentiras même plus ! Allez, trêves de plaisanteries, ils ont besoin de tout le monde en bas.»


Nous descendîmes donc en discutant joyeusement. Arrivé en vu de la ville, Frumbak me fit signe de remettre ma capuche même si la ville semblait déserte. Les échoppes étaient fermées et aucun son ne sortait des tavernes pourtant nombreuses. Seuls deux bâtiments avaient l’air actifs.

Dans la forge, une demi douzaine de nains s’agitaient dans tout les sens et sortaient des braises une multitude d’épée, de pointes de flèche, et diverses pièces d’armure. Le rythme était effréné et la chaleur infernale, même à une dizaine de mètre du fourneau.
A l’entrer de la caserne, un homme bedonnant était assis derrière un bureau à peine visible sous la pile de papier qui le recouvrait. Une file d’hommes et de nains de tous âges se tenaient droit devant lui. Alignée telles des bêtes allant à l’abattoir, la population mâle de Kalandar s’était mobilisé pour défendre ses murs. Chacun d’entre eux signait un papier, et en prenait un autre avant de se diriger vers la forge pour s’équiper en arme et protections. Bien peu nombreux étaient les hommes équipés mais ceux la se voyaient attribuer la tête d’une compagnie et ils repartaient avec les ordres qui allaient avec leur fonction. Tout était organisé du mieux possible.

Quand vint notre tour à Frumbak et à moi, l’homme leva un sourcil et parut interloqué. Sa voix était profonde


« - Toi t’es un nain, y a pas de problème. Mais toi… Enlève ta capuche !
- Messire, vous avez besoin de tout les bras pour tenir cette ville,
dit Frumbak calmement. Oui, mon ami est un elfe et je suis surpris de votre perspicacité. Vous n’aimez pas les elfes soit. Mais préférez vous les cadavres ? Vous avez devant vous l’un des guerriers les plus puissant qu’il m’est été donné de croiser sur mon chemin, par Grimnir ! Et vous voulez vous en priver à cause de votre antipathie envers les elfes ? Si c’est cela, je ne me battrais pas pour vous, cette ville ne faut sans doute même pas les vies qui seront perdues ! Allez, on dégage… »

Alors que le début de son discours était serein, il avait fini sur un ton rageur, hurlant sa colère pour que tous puissent entendre qu’il n’était pas content, et que j’étais un elfe. Tous ne partageaient visiblement pas l’avis du recruteur et je vis quelques yeux briller d’espoir…
« - Un grand guerrier elfe, on peut pas s’en priver…

- Les elfes vont venir, nous sommes sauvé !
- Même s’il ne sait pas se battre, au moins j’aurais vu un elfe avant de mourir »


L’agitation montait. Le recruteur avait l'air moins sur de lui

« - Je vous mets à la porte nord. Dit-il en bougonnant. C’est de la que viendra le plus gros de l’assaut. Et on verra si ton ami sait vraiment se battre. Tu m’as l’air d’être un bon combattant, je te donne une troupe de 12 sol…

- Arrête toi la !
dit Frumbak en souriant. Je n’ai aucune envie d’avoir 12 incapables sous mes ordres. Je préfère m’occuper seul de cette fichue porte plutôt que de diriger des bœufs à la boucherie ! T’occupe pas de nous va ! Mon frère a juste besoin d’une armure, le reste on gère t’en fais pas !
- Bien alors… Ton nom l’elfe… encore un truc a rallonge, j’parie…
- Maelan. Et comme viens de vous dire mon ami, vous n’avez pas à vous préoccuper de nous outre mesure. »


Il me tendit un certificat d’engagement tamponné et nous quittâmes la file sous les yeux des curieux pour nous diriger vers la forge. Un nain énorme, non pas par sa taille mais par son tour de son ventre, nous reçu. Et il m’observa rapidement, m’évalua en un instant. Il cracha ostensiblement a mes pieds avant de partir dans la remise chercher l’équipement standard de la recrue. Je ne relevais pas le gant. Kalandar aurait besoin de tous les bras.
Il réapparu quelques instants plus tard en me jetant un paquetage à mes pied. Une cotte de maille usagée probablement mais de bonne facture. Un bouclier léger, en bois, servant sûrement pour l’entraînement des soldats du rang. Une épée rouillée. Un heaume ébréché.


« - Tiens v’la pour toi l’elfe", me grogna-t-il simplement.

Je ramassais la cotte de maille pour l’enfiler immédiatement. Elle n’était pas particulièrement lourde et ne gênait pas mes mouvements. Je repoussais le reste du pied.


« - Je n’ai pas besoin de ta camelote, maître nain. Garde tout ça pour toi… même si ça m’étonnerait que tu puisses te battre
- Tu n’es pas chez toi ici, et je vais te montrer que je sais me battre. »


Il me fonça dessus tête baissée. D’un simple pas sur le coté, j’esquivais l’assaut. Un geste rapide pour saisir mon épée en bandouiller. Le maître de la forge se retourna et tomba nez à nez avec ma lame. Frumbak s’interposa, coupant court à la colère qui montait en moi. Mon adversaire de l’instant cracha une nouvelle fois, mais dans une autre direction cette fois. Je m’éloignais alors avec mon ami.

« - Ah les nains… Un caractère trempé comme le meilleur des aciers, et une tête dure comme la pierre. Faut pas t’enflammer comme ça. Tout le monde est tendu comme la corde de ton arc, la moindre étincelle peut conduire à un incendie alors gardons notre calme. Et je te rappel qu’on a une porte à protéger, me dit il avec un clin d’œil »

Une fois installés sur la muraille nord, nous n’avions plus grand-chose à faire que d’attendre, les armes à porter de main. La journée passa lentement, très lentement. Le repas du midi fut frugal et Frumbak le compléta en ajoutant quelques pierres « d’un goût exquis pour de la pierre de ville ». L’après midi fut torride, et je cuisait littéralement sous ma cotte de maille. Les patrouilles allaient et venaient, toutes moins bien équipées les unes que les autres. Les nerfs se tendaient de plus en plus…


Le soleil glissa lentement vers l’ouest et j’aperçu les premiers mouvement au loin dans les derniers rayons de l’astre solaire. Je pris mon arc pour y  encocher une flèche et essayer d’abattre un ennemi. A cette distance, j’avais peut être une chance. Frumbak retint mon bras. Je me tournais vers lui d’un air interrogateur.


« - Garde tes flèches pour le moment ou tu seras sur d’atteindre ta cible, me dit il simplement. La nuit sera longue et l’assaut n’est pas encore pour tout de suite. Mais j’espère que tu es en forme… La nuit sera très longue…J’ai rarement senti une force aussi obscure. Et je t’avouerais que j’en ai peur. »

Il posa son corps lourd sur le sol et sorti une pierre ponce pour aiguiser son arme en tremblant. Je m’appuyais sur les créneaux, l’arc à la main... encore attendre. Vivre quelques heures de plus dans la crainte d’un assaut qui effrayait mon ami pourtant si solide. La nuit serait longue effectivement… Petit à petit, sous une lune pâle, l’horizon se couvrait de silhouettes…

 

 

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 29 juin 2007

Voyage

Suivre un nain est particulièrement difficile, surtout les premiers jours. Le premier soir, bien après que la nuit soit tombée, Frumbak m’annonça qu’il était l’heure de monter le camp. Je ne fis, dès lors plus, un pas de plus, et je fis le bilan de la journée…


Il avait refusé que je prenne un cheval, arguant que la route serait trop tortueuse et que nous perdrions plus de temps qu’à pied. Il ajouta que je n’aurais aucun mal à le suivre au vu de la taille de mes jambes. Je ris et je laissais donc le cheval de bon cœur au tavernier qui nous avait arrosé de tournées gratuites la veille.

La bonne humeur du matin laissa rapidement place à la fatigue. Alors que pendant les premières heures nous chantions gaiement, les lieues parcourues ne semblaient en rien gêner mon compagnon alors que je commençais à fatiguer. A la mi journée, j’étais épuisé. Je voulais m’arrêter au pied d’un arbre pour somnoler sous le soleil de plomb, mais cette pause n’était pas du goût de mon compagnon. Il me proposa une flasque d’un liquide plus que douteux.


« -C’est de la bonne frérot, m’annonca-t-il fièrement. C’est ma grand-mère qui l’a faite, et niveau gnole elle s’y connais tu peux me croire ! »

Pour ne pas vexer mon frère nain, j’en pris donc une lampée. Que je recrachais presque aussitôt. Avez-vous déjà essayé de boire du feu avec un arrière goût de métal ? Non ? Et bien essayer l’alcool de la grand-mère de Frumbak ! Il parti d’un grand rire guttural et devant ma mine déconfite me proposa une pause d’une heure, mais pas plus !


A peine le temps de détendre les jambes, de profiter un peu du vent frais et du chant des oiseaux et que nous étions déjà reparti. Plus nous avancions, plus la végétation se faisait rare. En fin d’après midi, Frumbak semblait encore plus joyeux et plein d’énergie qu’au réveil. Il sautait sur les rochers de plus en plus nombreux, léchait quelques cailloux de ci de la. Il s’arrêta subitement pour ramasser une pierre et il me la tendit en m’offrant une vision complète de sa dentition.


« - Tiens sens moi ça ! Si ça tu en veux pas tu me la rends hein ! »

Je saisis le présent pour le renifler. Et je restais dubitatif…

« - Euh… c’est un caillou, ça sent rien ? Tu veux que j’en fasse quoi ?

- Un caillou !! Ca sent rien ??? T’en fais quoi ?? Aucun goût ces elfes ! J’avoue que vous avez un certain talent pour décorer les palais avec des fleurs et des plantes vertes, mais vous avez un sacré retard au niveau rocaille ! »


Il me pris la pierre des mains, et l’enfourna dans sa bouche.

« - Hummm…. *crunch crunch* Ca fait bien d’arriver chez soi ! *crunch crunch* Ce p’tit goût de cuivre… et légèrement salée ! *crunch crunch* Tu sais vraiment pas ce que tu rates. Bon après cette pause gastronomique, en route ! On a encore du chemin et j’aimerais passer la ville frontière de Kalandar avant la nuit. »

Il repris sa marche de son petit pas rapide et imperturbable. Apres une centaine de mètres, Frumbak se retourna pour me hurler :

« - Ben alors ? Tu regardes pousser les graviers ? »

Sa remarque me fit sortir de ma torpeur et je courais à sa rencontre.

« - Tu manges… des pierres ?

- Ben tu es un elfe, tu manges des racines, des baies des fruits ?
- Euh… oui, mais bon… des pierres ?
- J’suis un nain. Chez nous la terre bonne à cultiver on connaît pas. J’dit pas que je crache pas sur un bon potage de légume quand l’occasion se présente, mais les légumes on n’en a pas des masses. Par contre de la caillasse y a plein les montagnes. Alors forcément on s’adapte… et on mange des cailloux oui. Mais si tu en veux pas, y a pas de lézard mon grand, ça en fera plus pour les autres ! Bon allez magne toi un peu !! »


Et nous sommes reparti de plus belle.

Le soleil tombait à l’horizon et Frumbak me fit accélérer encore le pas. Vouloir passer une ville plutôt que d’y passer la nuit, je trouvais l’idée saugrenue, mais je me fiais a mon guide. Nous courions à vive allure, comme poursuivi par je ne sais quelle horde de bêtes féroces et affamées, afin d’arriver à Kalandar avant la fermeture des grandes portes. Arrivés en vu de celles-ci, mon compagnon me fit m’arrêter en coupant sèchement ma trajectoire pour me faire trébucher.


« - Stop !!! T’as bien une cape dans ton sac ?
- Euh oui… dis je en me relevant péniblement. Mais tu aurais pu le demander sans avoir à me faire tomber.
- Ouais, c’est vrai, j’aurais pu. Il sourit. Mais ça aurait été beaucoup moins rigolo ! Bon allez, enfile ta cape et met ta capuche. Les oreilles pointues sont pas forcément toujours bien reçues dans le coin… »


Je ne posais pas plus de questions. Et la course reprit. Nous avons franchi les immenses portes de Kalandar en même temps que la dernière troupe de soldats qui nous signala gentiment que nous n’étions pas particulièrement les bienvenus ici. J’appris que la période était des plus troublée, que les zombis attaquaient régulièrement la ville de nuit et que, comble du malheur apparemment, les tavernes avaient toutes liquidé jusqu’à la dernière goutte de bière.

Frumbak paru choqué par cette dernière révélation, et il me conseilla de presser la pas pour traverser la ville au plus vite.


« - Plus d’bière, ça sent la guerre, comme disait mon père. Et c’était un expert en la matière. Allez bouge toi faut pas qu’on traîne. Si ça pète pas ce soir ça sera pour demain, et si on veut avancer faut mieux pas se trouver pris au milieu d’une escarmouche.
- Et on reste pas aider ? On chasse les morts non ? Et apparemment c’est la source de tous les problèmes…
- Bien sur que oui on va aider ! Mais si y a une attaque ce soir, ça ne sera pas les maîtres. Et seuls les maîtres ont des pierres… et ça m’embeterais de me prendre un coup par un sous fifre. Et pis t’es fatigué on dirait… alors on va partir se cacher au pied de la montagne et on viendra refaire un tour demain. »


Nous avons traversé la ville au triple galop. Alors que l’entré était des plus gardée, la sortie était déserte… que pouvait on craindre de la montagne a part l’arrivée de renfort ?

Nous sortîmes donc tranquillement de la ville pour nous réfugier sur un plateau un peu à l’écart de la route. Après avoir monter un rapide campement, je m’ecroulais sur ma paillasse et je sombrais rapidement dans le sommeil. Le repos n’allait être que trop bref par rapport aux épreuves qui nous attendait encore en bas dans le village frontière de Kalandar.

 

 

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 23 juin 2007

L’accord et la cuite

Assis au comptoir du « Sanglier fumant », Frumbak ressemblait à un enfant. Le tenancier avait du lui amener une caisse pour qu’il puisse être suffisamment haut pour pouvoir attraper la pinte énorme qu’il avait commandé. Personnellement, je restais debout, accoudé au bar en sirotant tranquillement ma coupe d’hydromel, dévisageant ce petit homme.


Sa taille était le critère qui me choquait le plus. Debout, il m’arrivait à la taille mais sa musculature et sa pilosité n’avait rien d’enfantin. Ses jambes arquées semblaient faites pour avaler les distances, et l’état de dégradation de ses bottes confirmait l’hypothèse qu’il s’agissait d’un « grand » voyageur. Son torse massif inspirait tout à la fois la crainte et la confiance… tout dépendait si on se trouvait ou non à ses cotés au cours de la bataille. Comment un être si petit pouvait être si impressionnant physiquement ? Il semblait réellement taillé dans le roc.

Comme il sentait que je l’observais, il tourna vers moi sa tête poilue, et m’offrit un large sourire dévoilant une dentition d’une qualité remarquable. De sa voix grave, il s’adressa à moi :


« - Ben alors t’as jamais vu un nain ou quoi ? J’ai un morceau de bidoche entre les dents c’est ça ? Où alors ma barbe est mal taillée ?
-  Ta barbe est admirable ainsi que ta dentition d’ailleurs… mais tu as raison je n’avais jamais vu de nain auparavant… D’où viens tu ? Et que fais tu à Vive Griffe ?
- Faut sortir de ta forêt des fois, mon grand ! Les nains ça vie dans la montagne… enfin dessous pour être exact…
- Mais, il n’y a pas de montagnes par ici !! Tout au plus quelques collines !
- Perspicace !! Tu as d’autres banalités comme ça, où on parle sérieusement ? »


Un brin d’énervement dans sa voix. Ce nain semblait avoir un caractère de cochon ! Je me tus donc pendant un instant, le temps qu’il comprenne qu’il pouvait m’exposer son plan sans craindre d’être interrompu.

« - Bon, parlons affaires donc. Le mort que tu as vu aujourd’hui ça faisait 4 ans que je lui courais après. Ils se déplacent très vite, ils ne craignent ni la fatigue ni la soif ni la faim. Du coup pour leur courir après c’est la croix et la bannière. Certains de mes compatriotes investissent dans des mules, mais bien peu sont capable de monter les chevaux, alors on court.

La chasse au cadavre est un sport national. Si un nain veut des responsabilités, il faut qu’il ramène le plus de pierre brisée possible.


Il prit une grande gorgée de bière.

« - Mon père était général de l’armée du Roi. Il a été abattu il y a dix ans lors d’un raid des cadavres et son successeur est un incapable, imberbe et sobre plus de 22h par jour … je me demande même parfois s’il s’agit d’un nain ! Mais il a ramené plus de pierre que n’importe qui dans l’histoire naine, a part mon père. J’ai quitté les montagnes il y a sept années…Et depuis je chasse.

Ta résistance aux sortilèges de Carael, m’a impressionné, et je me dis que tu voudrais peut être faire équipe avec moi…

-  Et j’y gagne quoi ? Toi tu auras ton poste de général… mais moi ?
- Ah ah ! Tu as les pieds sur terre toi… Je pourrais te proposer une place de choix dans les rangs de mes fidèles, où simplement de l’argent et de l’alcool à volonté. Et pis, être dans les petits papiers du général en chef des armées naines, c’est déjà pas mal non ? Ca sera pas de tout repos je te préviens, mais je pourrais t’apprendre deux trois trucs… Ca ne dépend que de toi ! »


La proposition me semblait intéressante. Me promener par mont et par vaux aux cotés de quelqu’un qui semblait des plus aimable, à chasser ces monstruosités de la nature… Pourquoi pas effectivement. Les possibilités offertes par une telle association et les fruits que je pouvais en récoltés pourraient être très utiles dans le futur…

« - Alors on part quand ? Et ou ?
- Ah, mon grand, je savais que je pouvais compter sur toi ! T’es pas un elfe comme les autres, j’l’ai remarqué tout de suite ! On va les massacrer ces pourris ! Je me demande si un nain et un elfe ont déjà chassé ensemble… nous sommes peut être les premiers ! De l’honneur ! Du prestige ! De la bière… Aaaaah, il me plait ce programme, il me plait !

- Et le départ ? »

Frumbak rit aux éclats

« - Tout doux, tout doux ! On s’en est farci un gros aujourd’hui… alors repos si tu permets ! Et bière ! Tavernier, tu nous sors deux tonneaux de ta meilleure bière, et prépare à manger aussi ! Pas de légumes, je les digère mal, de la viande !! J’ai envie de viande !! Et au pas de course, on a un contrat à fêter avec mon nouvel ami elfe !!

- Deux tonneaux ? Ca risque pas de faire un peu beaucoup ?
- T’occupe pas de ça va ! Et bois ! A nous !!"


Après de nombreuses heures passées dans la salle commune de l’auberge du « Sanglier fumant », entre chants nains, bière fraîche et plats de viande, j’avais la tête qui commençait à me tourner dangereusement. J’attirais mon coéquipier par le bras.

« - Frum, j’crois qu’la pourri il est ‘cor la. J’suis pas bloqué mais la terre, elle arrête pas d’bouger et j’vois plus bien alors que d’t’a l’heure j’voyais bien… j’aime pas la magie *Bluuurrrrp* »

Mon rot retentissant le fit rire aux éclats.
« - Et ben, t’es comme tout les elfes… l’alcool tu tiens pas !! T’es rond comme un cul d’poule mon grand, et demain tu risque d’avoir mal à la tête… Si le mort est encore dans l’coin j’m’en occupe t’en fais pas !

- Merci…. T’es un frère Frum ! *Bluuurp* Pfiou j’me sens mais pas bien la… j’vais m’allonger. Tu m’reveilles s’il pointe son nez pourri l’autre la hein… »


Alors que je me dirigeais vers les escaliers, je m’étalais de tout mon long sur le sol en terre battue de l’auberge. Je ne me souviens de rien après ce moment sinon d’une voix grave et pleine de rire qui sembla résonner longtemps dans ma tête.
« - Maintenant, entre toi et moi, c’est à la vie à la mort »

Je passais la journée suivante au lit. Frumbak me rendit visite à de nombreuses reprises, me serrant dans ses bras, me faisant boire des potions plus ragoûtante les une que les autres sensées annuler les effets de la gueule de bois. L’efficacité  fut plus que douteuse, mais le sur lendemain,  nous partions faire le plein de provisions puis nous nous engageâmes sur la grand route de Vive Griffe, vers une direction inconnue mais avec comme objectif de réunir suffisamment de pierre brisées pour que Frumbak deviennent comme son père, le général en chef des armées naines.

 

 

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 23 juin 2007

Un compagnon

Je sentis alors son haleine fétide dans mon cou.


Même si son visage n'était plus aussi répugnant que quelques minutes auparavant, Carael conservait dans ses yeux cette lueur malsaine, celle de la soif de pouvoir, le désir de faire souffrir.

Alors qu'il posait ses mains sur ma poitrine, il sembla hésiter un instant.



"- Je pourrais te faire une proposition, tu m'a l'air de quelqu'un de sensé. Tu es aussi ignorant qu'un nouveau né dans certains domaines. Tu n'as donc aucun a priori. Veux tu entendre ce que j'ai a te dire, ou mourir sur l'heure?"


D'un petit geste de la tête, il relâcha la pression magique qu'il exerçait sur mon corps. Même si je ne pouvais toujours pas bouger mes membres, ma tête était à nouveau mobile.


"- Il ne me coûte rien de t'écouter parler... La vie n'a pour moi que peu d'importance, et je suis curieux de découvrir l'autre coté... mais je suis aussi curieux d'entendre ce que tu attends de moi.


- Tu es bien sage pour un elfe abandonné...Il y a bien longtemps j'ai


- Oui je suis sage, et habituellement patient. Tu as une proposition à me faire, fais la. Ou tue moi... mais ne tourne pas autour du pot, c'est le genre de choses qui me peuvent me mettre hors de moi.

- Tu es sage mais arrogant! Je vais être direct. Tu sembles disposer de certaines capacités sinon comment aurais tu pu rester mobile alors que tout le monde ici est figé? Tu pourrais sans doute devenir un mage honorable si tu me laissais te former. Par contre, il te faut passer dans la non vie...


- J'ai le choix entre la mort et la non-vie? Mais continue je t'en prie...

- La non-vie n'est pas la mort. Grâce a d'ancienne technique de nécromancie, les anciens sages extraient ton âme de ton corps. Une fois ce lien trancher, tu peux lier ton âme avec d'autres enveloppes corporelles, ou garder ton ancien corps mais te nourrir de l'essence vitale des êtres vivants. Le rituel est bien entendu quelque peu douloureux, mais...."



Il s'arrêta brutalement. Tourna, la tête de droite a gauche, semblant chercher quelque chose dans l'obscurité.

Ce quelque chose ne laissa pas à Carael le temps de le découvrir. Le petit être jailli d'entre les statues humaines, une grande hache entre les mains. Il était resté tapis dans l'ombre depuis le début de mon entretien avec la liche, et c'était rapproché au fur et a mesure. La vision nocturne des elfes est vraiment un grand avantage. J'avais alors occupé le mort, sur de sa puissance, de sa domination. Et comme toutes les personnes trop sûre d'elles, il allait vite déchanter.

Avec une main sur ma poitrine, il ne put qu'encaisser le premier assaut du petit homme barbu à la mine patibulaire... qui visiblement compensait sa petite taille par un force physique impressionnante. Sous la puissance de l'impact, Carael lâcha complètement sa prise magique sur moi. Profitant de l'occasion, je saisi rapidement ma lame cachée sous mes guenilles pour venir en aide à mon sauveur miniature.

Le combat fut rapide. Face à deux bons combattants, le magicien n'avait pas le moindre instant de répit. Cependant, le combat commençait à s'éterniser. Je n'avais aucune idée des méthodes de combat à appliquer face à un adversaire dont le corps ne servait finalement que de réceptacle. Je lui avait infligé déjà de nombreuses blessures qui auraient du être mortelle, mais je sentais toujours sa pression magique prête à me saisir de nouveau. Mon compagnon semblait plus au fait de ce genre de chose...il ne donnait pas de réel coups, il occupait son adversaire, apparemment persuadé que je savais comment faire pour l'abattre.



"- Je ne sais pas comment m'en débarrasser! Aide moi!"


Un rire puissant et jovial empli l'air lourd et pesant. Et d'une voix forte il me répondit:


"- Les elfes... tous les mêmes!! Pour tuer un mort faut en faire des p’tits bouts!"


Il se lança alors dans une série de passes rapides, parfaitement exécutées. Sa taille ne le gênait en rien et il en jouait même pour passer entre les jambes de son adversaire qui paraissait complètement dépassé par les événements. En quelques coups, Carael n'avait plus de bras, quelques instants plus tard, il gisait sur le sol, les jambes tranchées. Aucune trace de sang nul part cependant. Mon sauveur s'approcha alors de ce qui restait du nécromancien, leva sa hache et fit sauter la tête de notre adversaire.



On entendit un long cri de douleur. Un son que je ne pourrais je pense jamais oublier. Déchirant comme un couteau de boucher, profond comme les gouffres sombres de Ulugard et démoniaque comme la magie qui avait créé cet être. Un vent frais parcouru la place devant la forteresse de Erald, et les nuages semblèrent hésiter avant de laisser la place à nouveau au soleil.


Le temps était toujours figé, et rien n'avait changé autour de nous. Sinon que Arvor avait été transformé en cendre par l'homme en rouge qui lui aussi était désormais mort... enfin, inoffensif tout du moins.

Mon petit compagnon m'observa.



"- Ben alors? Tu le prends ou tu me le laisses? T'aurais pu t'en sortir sans moi tu sais..."

Mon visage surpris le fit sourire, et j'eu un aperçu de la bonhomie naine.

"- Apparemment non tu sais pas. Alala ces elfes... tous les mêmes. Pour chanter, et courir y à du monde, mais quand il s'agit de démonter des morts vivants, y a plus personne. J't’expliques... Pour posséder un corps, les âmes des sans-vies ont besoin d'un point d'attache. Les pierres précieuses sont réputées pour remplir cette tâche. Si on casse cette pierre, l'âme de notre adversaire ira errer je ne sais ou, sans plus pouvoir nuire a personne. Chez moi, c'est un honneur que de casser cette pierre et quiconque revient au village avec une pierre brisée a le droit à un mois de bière gratuite! Alors si tu en veux pas... et que tu préfères chanter et courir, ben moi j'la prends!"

Il fouilla ce qu'il restait du mage, et leva, quelques instants plus tard, un rubis gros comme le poing en hurlant. Il le posa au sol et, d'un violent coup de hache, la trancha en deux comme n'importe quelle miche de pain.


Les choses semblèrent alors reprendre leur cours. Les paysans dévoraient goulûment les morceaux de viandes qui leur avait été servi, les chiens rongeaient les os laissés a l'abandon, et les hommes en noirs semblait complètement désorientés, visiblement à la recherche d'un point de repère... Mon compagnon s'éloigna alors de la foule, puis me héla d'une voix forte


"- Bon tu viens? T'en fais pas pour ceux la, ils vont tomber en poussière d'ici un jour ou deux, et Vive Griffe va redevenir un ptit coin tranquille ou venir boire de la bière fraîche a pas cher! Comme disait l'autre, j'ai p't'etre un truc a te proposer aussi... mais autour d'un pichet c'est plus agréable de discuter! Allez cours un peu l'elfe!! J'suis pas comme toi, j'ai pas l'éternité devant moi!"

Encore sonné par la foule d'événement qui venaient de se produire en quelques minutes seulement je le rejoignais d'un pas lent. Je venais ici pour une simple mission de reconnaissance, et me voila embarqué par un homme, visiblement adepte fou de la sainte bibine, découpeur de mort vivants, barbu presque jusqu'aux pieds, et faisant la taille d'un enfant de 12 printemps...


Une fois arrivé à son niveau il me demanda en souriant:


"- T'as pas l'air dans ton assiette mon grand... T'as un nom ou je vais être obligé de t'appeler l'elfe?"

Je sortis quelque peu de ma torpeur pour lui répondre simplement

"- Maelan



- Hum... t'es bizarre comme elfe... ils ont des noms a rallonge d'habitude. Enfin bon les modes ça va, ça vient. Moi c'est Frumdak Torboyo. Allez, suis moi, on va s'en j'té un p'tit et parler affaire... Je sens que tu vas me plaire toi"


Il me donna une grande tape amicale dans la cuisse et m poussa vigoureusement vers ce qui semblait être l'une des meilleures auberge de Vive griffe.

Quand à la troupe de Arvor, je suppose qu'ils ont du rentrer en ville après quelques temps. J'ai longtemps regretté de n'avoir du dire au revoir à l'Oeil, mais je ne fais que passer dans la vie des autres, je ne dois jamais me fixer. Je dois être le fil indomptable de l'Histoire... et je ne pouvais pas l'être dans un village perdu au milieu des plaines. Et pour Arvor... Que son âme repose en paix.

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Publicité

Présentation

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus