Mercredi 14 mars 2007

Premières armes

Les armes ont de tout temps été utilisées par toutes les races. La seule différence notable est surtout le niveau de complexité, la qualité de celles-ci. Dans certaines civilisations, une arme sert à affirmer un statut social, une position particulière. Dans d’autres il s’agit simplement d’un outil. Pourquoi dans ce cas embellir un simple outil dont la seule fonction est de donner la mort.


Maerick avait été un fier guerrier, mais depuis de nombreuse année il avait lâché l’épée et la hache pour manier la faux. Fauchant les blés comme il fauchait autrefois les âmes. Dans sa fuite, il avait quand même pris le temps de prendre ses armes, on ne sait jamais les épreuves qui peuvent vous attendre sur la route. Il avait cependant cessé de s’entraîner depuis fort longtemps, l’entretien d’une ferme réclamant beaucoup plus de temps que celui du corps.  Cependant, il avait toujours rêvé de transmettre son art à son fils. La vie m’ayant attribué ce rôle, je fus le réceptacle de son expérience.

Par un doux matin de printemps, alors que je me levais pour aller effectuer les taches quotidiennes, il vint me rejoindre dans le potager.


"Salut tit père ! Alors ? C’te nuit ? Pas d’trop agitée ? Tu connais ma tite histoire, tu sais qu’j’ai du me batt’ et tuer, pas t’jours pour d’bonnes raisons, mais ça m’a au moins permis d’la sauver, Irulan. Alors t’vas toi aussi apprendre à t’batt’ pour qu’un jour toi aussi t’puisse sauver celle qu’t’aimes. Viens garçon, suis moi."

Il avait préparé deux bâtons. Entre ses mains, le sien ressemblait presque à une baguette. Le mien était plus grand que moi de presque deux têtes. La croissance des elfes est un peu plus longue que celle des hommes et je n’étais pas particulièrement grand ni musclé même pour ceux de ma race. Il m’apprit. Petit à petit, jour après jour, je me construisis un style particulier de combat. C’était la règle essentielle, l’arme doit devenir une extension de son bras. Il ne faut faire qu’un avec celle-ci. De part ma carrure je ne pouvais pas me permettre d’opter pour une technique offensive. Je me basais donc sur la défense et l’esquive, menant mon adversaire jusqu'à la faute ouvrant le chemin vers un de ses points vitaux.


Après le bâton, je maniais la hache. Une arme simple, un coup pouvant souvent être mortel, son maniement efficace nécessitent une grande force physique, je ne pus que constater mon incompétence. J’appris la lance, arme de défense par excellence, une ligne de lanciers bien organisée pouvant tenir plusieurs vagues d’assauts sans faillir.  Je testais aussi la masse, arme de prédilection des races sauvages, bien vite laissée de coté par mon mentor. Apres plusieurs mois d’entraînement quasi quotidien, Maerick sortit de son coffre une épée des plus finement décorée.


« - C’t’arme, c’est pour les Rois, si t’la manies bien elle t’conduira au pouvoir, à la gloire que tout homme cherche. Les plus grands guerriers étaient tous des manieurs d’épées bénis par nos Dieux. D’puis longtemps, l’épée ça a été l’arme des nobles. Combatt’ avec une épée, c’est comme danser avec une belle. Il t’faut d’l’agilité, d’la vitesse et d’la précision. Je pense qu’t’vas aimer. »

Et il avait raison. En deux jours a peine je le surpassais déjà, lui le fier guerrier fort comme un ours. Il m’inculquait les bases, je les transformais a ma manière, accélérant certaines passes, ajoutant une esquive a telle autre. Il n’eu bientôt plus rien a m’apprendre. L’épée devint dès lors mon arme de corps a corps favorite.


Les entraînements s’espacèrent. Les bases acquises, il ne me restait plus qu’à travailler seul. Il devint fréquent que je ne rejoigne la maison familiale que tard dans la nuit après avoir travaillé durement dans les champs et peaufiné telle ou telle technique.

En quelques années je devins compétent, pouvant même envisager une carrière dans une compagnie de mercenaires. Maerick m’avait fait cette proposition un soir au coin du feu. Je l’avais refusé. J’aurais le temps après, plus tard, une fois que le temps aurait fait son office tel un bourreau implacable et sans pitié sur ceux que je considérais comme mes parents. Même si Maerick était un maître d’arme excellent il ne pouvait pas se protéger de la lame aiguisée du temps et il tomberait comme tout ceux de sa race, ne pouvant non plus protéger celle qu’il aimait.

Et le temps continuait de couler dans cette plaine à  la frontière du pays des fées ou je vivais à l’époque…

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Mercredi 14 mars 2007

est pas prévisible. Trop souvent, les gens pensent que ce sentiment ne peut être associé qu'à une autre personne. Le plus généralement on ressent de l'Amour pour son amant ou sa maîtresse, ses enfants, ses parents, tout les gens qui vous sont proches. Trop souvent on oublie l'Amour que l'on peut porter à une sensation, un lieu ou une situation. L'Amour est aussi trop souvent associé au désir physique. Je pense, personnellement, qu'il ne doit être associé qu'au plaisir, et pas forcement physique. Le plaisir de retrouver ce sentiment de plénitude, de bonheur.

Je ressentis l'Amour de nombreuses fois dans ma vie mais la première reste la plus belle. La découverte a toujours ce goût particulier, le sentiment de pénétrer dans des lieux qui n'ont jamais été exploré par personne. Je ressentis donc l'Amour lorsque pour la première fois qu'Irulan me chanta une chanson pour calmer mes nuits agitées. C'était une femme bonne et attentive. Menu mais tellement énergique qu'elle semblait être a plusieurs endroits a la fois. Elle avait dut fuir son pays pour vivre avec Maerick afin qu'ils puissent vivre leur Amour en toute liberté.

Dans leur jeune temps, ils s'étaient découverts. Lui fils de guerrier, occupant ses journées entre entraînements aux armes et développement de sa capacité physique. Elle, simple aide de ferme, soignant les bêtes et les plantes. Ils étaient tombés amoureux lors de leur première rencontre, lorsqu'un groupe de pillard avaient attaqué la ferme du père d'Irulan. Maerick, comme tout bon guerrier qui se respecte sortait de la taverne, et s'était rendu la ou les cris l'avaient attirés. La demi douzaine de pillards essayaient de forcer la porte de la ferme et ne virent pas arrivé le jeune homme furieux qui les chargeait. Deux tombèrent sous ses premiers coups. Les suivants n'eurent pas plus de chance et ne purent que constater la supériorité du guerrier.

Les fermiers sortirent, félicitant Maerick qui ne souhaitait qu'aller se baigner dans la rivière pour laver le sang qui le souillait. Irulan sortit alors. Et il décida que finalement il accepterait bien le repas chaud qu'on lui proposait. Le repas fut échangé, les regards échangés entre les deux jeunes gens ne laissaient aucun doute sur leurs sentiments. Mais Maerick était guerrier, voué au célibat afin de limiter ses liens avec la vie pour qu'il puisse en faire don à son chef. Deux jours plus tard, il quittait ses quartiers dans une nuit sans lune, "enlevant" Irulan comme certains Rois font avec de jeunes princesses. Ils galopèrent loin, traversant des villages nombreux avant de s'arrêter a la frontière de la foret pour y bâtir leur demeure.

Ils m'avaient recueilli car leur Amour n'avait jamais pu être concrétisé par la naissance. Ils fallu longtemps avant que je quitte mon arbre pour rejoindre la cachette de pierre. Mais Maerick était un bon dresseur, créant une confiance fragile entre nous. Confiance qui se renforça au fil du temps pour ne plus jamais disparaître. La communication fut difficile au début. Je ne comprenais pas leur langue dure. Pour communiquer, les fées n'utilisaient pas de mot au sens strict du terme. Elles chantonnaient, jouant sur les tons, les rythmes pour passer un message.  A force d'écoute et d'attention je pus rapidement comprendre ceux qui m'avaient recueilli. Je pouvais les aider dans leurs taches quotidiennes et comprendre les histoires qui m'étaient contés le soir au coin du feu.

Et une nuit, je me suis réveillé en pleure, ayant vu en rêve la mort de mes bienfaiteurs, une mort cruelle et lente. Je les avais vu vieillir. Irulan était sortie de sa couche puis m'avait pris dans ses bras et m'avais chanté un berceuse. Une chanson si douce dans leur langue si dure... et la tendresse qui en ressortait été palpable. Maerick avait grogné au début, puis nous avait rejoint. Les braises encore rougeoyantes baignaient la pièce d'une faible lumière. Je m'étais allongé a nouveau et eux a coté de moi. Nous échangions plus que la chaleur de nos corps au fond de cette petite maison perdu dans la plaine à la frontière de la forêt.

Le temps semblait, pour une fois, avoir suspendu son cours. Dans ce moment de flottement temporel, Irulan eut une vision de l'avenir, ce même avenir que j'avais vu en rêve. Elle ne pleura pas. Elle se contenta d'une remarque soufflée alors que le vent dehors c'était arrêté.


"- Tu n'appartiens aux nôtres. Ces doigts ne sont pas la seule différence. Cependant tu es la bénédiction qui a manqué a nos vie. Tu es la concrétisation de nos attentes. La forme physique de l'Amour que j'éprouve pour mon homme et ma vie. Tu te nommeras Maelan, en mémoire de ceux qui t'ont pour la première fois baigné de leur tendresse. Dors maintenant, ta vie attendra demain pour reprendre son cours."

Peut être a-t-elle ajouté quelque chose après ces mots, mais je ne les entendis pas. Le sommeil m'avait saisi et me prenais par la main pour me mener vers de nouveaux rêves, emplis de vision de l'avenir, de bonheur et de joie. Le temps continuerait son oeuvre, je l'avais maintenant compris mais la tristesse m'avait quittée pour être remplacé par un sentiment tellement plus fort. Pour la première fois, l'Amour emplissait mon coeur, l'Amour de ce moment, de ce lieu, de ces gens qui m'avait recueilli et du nom qu'il m'avait donné pour que jamais je ne les oublie.


Et jamais je ne le ai oublié. Chaque fois qu'on me nomme je me rappelle des moments passés avec eux. Irulan et Maerick. Et moi, Maelan, fusion de ces deux personnes et de leur Amour.

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Mercredi 14 mars 2007

La soupe

Le temps n'a pour les elfes que peu de valeur. Comparativement aux humains, qui sont les plus nombreux, leur croissance et similaire. Un enfant elfe et un enfant homme se ressembleront quasiment trait pour trait jusqu'a leur trente ans environ, si ce n'est que l'elfe aura naturellement une prestance plus noble et des oreilles notablement plus pointues que l'humain. Passé cet age, l'homme commencera a faiblir, pliant sous le poids des ans et du temps. Sa peau sera moins lise, ses gestes moins rapides. Le corps en premier. Pour faire face, l'esprit prend la place, et nombre de sages humains sont importants et grabataires. Enfin, au crépuscule de sa vie, l'esprit humain se déclare vaincu, abandonnant ses souvenirs à la course implacable du temps. L'elfe vivra. Disposant pour une quasi éternité de l'ensemble de son habilité physique, développant au cours des années une sagesse et une philosophie fine.


Ainsi la Nature en a t elle décidé, le temps ralentit pour les elfes, mais s'accélère pour les hommes. Cette course du temps, cette course éternelle vers la fin de toute chose est injuste pour tous. Mais tous doivent s'en contenter.

Au sortir de chez les fées, je ne savais ou le destin me mènerait. Je me souviens avoir marché de longs jours sous les arbres, d'abord en ordre serré puis de plus en plus épars, laissant filtré peu à peu les lumières du monde extérieur. Le soleil, la lune, les étoiles. Ce cycle continuel me fascinait. Mes sorties de chez les fées étaient exceptionnelles, et le plus souvent, je restais dans le coeur sombre de la forêt, sous des arbres si imposant qu'ils cachaient quasiment toute lumière. Je marchais donc paisiblement, profitant de ses nouveaux instants, me nourrissant de baie et de connaissance. Je sentis peu à peu un souffle d'air puissant, j'appris plus tard qu'on appelait cela le vent. Ce souffle était étrange, il apportait a la fois des sons et des odeurs. D'abord diffus, puis plus intense.

La curiosité est un défaut chez les adultes. Chacun s'occupe de ses propres affaires, chacun avance à son rythme, tissant son fil sur la toile de l'Histoire. Chez les jeunes, la curiosité est une qualité. Preuve d'ouverture d'esprit et d'une certaine forme de courage. S'intéresser à l'inconnu, l'appréhender dans son ensemble puis le comprendre est la source de toute expérience. Je suivi donc ces sons et ces odeurs, pour arriver finalement à la lisère de la forêt. Les arbres qui m'entouraient étaient jeunes, chétifs, semblant redouter le vide qui s'étendait au delà. La plaine. Si la forêt est une mer, dont les branches agitées par le vent sont les vagues et le passage des saisons la marée, alors la plaine est un lac. Calme et plat, source de sérénité.

Je me souviens de mon premier sentiment en observant l'immensité verdoyante qui me faisait face. Un sentiment d'impuissance. Alors que dans la foret on était protégé par les arbres, ne pouvant voir le plus souvent pas plus loin qu'une centaine de mètres, ici on se sentait petit, a perte de vu le vide vert. Je me sentais petit, faible, en danger. Je ne pouvais cependant pas reculer. Je doutais de toute façon être capable de pouvoir retrouver ma route à travers les méandres de la forêt. J'aurais sans doute pu survivre dans la forêt, me transformant en ermite. J’en avais déjà rencontré des ermites et j'avais pleuré en les voyant. Solitaire et triste. Je ne pouvais être un ermite. Il me fallait donc aller vers la plaine.

Je ne pris pas la décision tout de suite cependant. Je longeais pendant plusieurs jours encore la lisière de la forêt. Rencontrant de temps à autre de nouvelles créatures. Pas plus belles mais plus grandes que celles que je connaissais, et tellement bruyantes... J'appris leurs noms plus tard, mais je pouvais déjà les grouper en deux catégories. Les espèces qui m'ignoraient, la majorité, et une espèce étrange qui semblait vouloir entrer en contact. Contact que j'évitais, bien entendu! Dans un premier temps en tout cas, car la curiosité me poussait à aller vers eux, à étudier leurs actions étranges, comprendre les sons qu’ils faisaient.

Je restais donc à la lisière de la forêt. M'installant un lit dans un arbre. Et j'observais. Il semblait y avoir un male et une femelle. Ils ressemblaient aux fées dans la plus part de leurs caractéristiques physiques. Mais en plus grand. Et en plus fort aussi. Le male semblait couvert des mêmes poils qu'un loup sombre, et disposait d'une force qui me paraissait extraordinaire. Il dominait des animaux beaucoup plus grands que lui non pas par la force mais par la voix, une voix forte et rude qui me faisait peur. La femelle semblait des plus vives. Courant de ci de la toute la journée. Retournant la terre, récoltant des fruits et des légumes. Tout deux, lorsque la lumière extérieure se faisait moins vive, se cachaient sous un tas de pierre pour en ressortir le lendemain en même  temps que le soleil réapparaissait.

Je me souviens que j'attendais impatiemment le moment ou la femelle rentrait sous les pierres. Après quelques instants le vent m'apportait des odeurs si délicieuses que la salive me venait immédiatement à la bouche. Lorsqu'il faisait bien noir, l'homme allait à son tour sous les pierres et je sortais du couvert des arbres. Même si l'obscurité régnait sur l'ensemble de la plaine, la cachette de pierre semblait épargnée pour un temps au moins. Une douce lueur rougeâtre en émanait. Bien que discret, le mâle me surpris a plusieurs reprises. La peur me faisait a chaque fois retourner sous les arbres au plus vite. Je l'entendais alors "rire". Mais son rire était beaucoup plus rude que celui des fées qui semblait s’écouler comme de l'eau cristalline. J'avais peur.

Au cours de l'une de ces expédition nocturne. Je fus attiré par une odeur. La même odeur qui venait de l'intérieur de la cachette de pierre. La même mais a l'extérieur. Je connaissais la chasse. Je l'avais pratiqué avec des louveteaux pour attraper quelques lapins égarés. Mais jamais je n'avais goûté a leur chair comme les loups. La reine des fées me l'avait expliquée. La forêt était bénie ainsi que tout ses habitants. La chasse est dans l'ordre des choses pour les loups pas pour les fées. Mais je n'étais pas une fée, je le savais désormais, et peut être la chasse était elle dans mon ordre des choses. Je chassais donc l'odeur.

Humant l'air dans la fraîcheur de la nuit, me déplaçant tel une ombre, prenant garde a chacun de mes pas. J'approchait mais ne voyait toujours rien. J'étais trop prêt de la cachette. Si le mâle sortait, il m'attraperait sans doute pour me broyer les os du cou comme j'avais vu faire les loups. J'avais peur mais je chassais cette odeur si curieuse. J’en trouvais finalement la source. Il s'agissait d'un bol. Mais pas un bol de feuille comme les fées. Celui la était dur. Je le saisi en constatant qu'il contenait quelque chose. Sans doute le mélange de sève et de feuille. Je bus alors.

Le liquide était plus fluide que la sève, c'était de l'eau. Mais pas fraîche comme celle de la rivière, elle était chaude comme le soleil qui me brûlait parfois lorsque je m'éloignais trop longtemps des arbres. La chaleur me fit du bien aussi je repris une gorgé. Je failli bien mourir cette fois. Avec l'eau était mélangé des légumes. Mais pas croquant comme ceux de la forêt. Ceux la étaient mou. Je me souviens avoir sourit en mangeant, découvrant de nouvelles sensations de nouvelles saveurs ignorées jusque la. La vie m'ouvrait grand ses portes, j'avais tant de chose à apprendre encore. Lorsque le bol fut vide je me sentis fatigué, mais je n'avais plus faim ni soif. Ainsi repu, je retournais dans mon arbre pour attendre le jour.

Le lendemain je me réveillais avant le levé du soleil comme à mon habitude. Je descendis de mon arbre, et m'assis à la lisière comme tout les autres jours, attendant la sortie du male et de la femelle de leur cachette de pierre. Ils sortirent. La femelle couru vers le bol et le brandit dans un sourire vers son mâle. Il rit, mais son rire me faisait moins peur ce jour la. Il se tourna vers la forêt en lançant de sa voix forte des mots que je ne compris que bien plus tard:


"- Alors le p'tit bonhomme de la forêt il aime la bonne sioupe à ma douce! On t'en r'mettra t'en fais pas! Mais faut pas qu'tu cache va! En plus l'hiver va v'nir! Il sembla faire une pause. Puis il déclara un peu moins fort, je pense qu'il ne voulait pas que j'entende. Semb' pas bouger! Screugneugneu, va falloir l'dresser comme un ch'val sauvage ce bougre, et l'rentrer dans la maison s'non il pass'ra pas l'hiver, pour sur!"

Sa femelle lui sauta dans les bras. Ils rirent longtemps, et régulièrement pendant toute la journée. A la nuit tombée, je repartis à la chasse et je retrouvais le bol. Le dressage allait commencer.


La vie a ceci de curieux qu'elle réunit pour un temps ceux qui cherchent la même chose, ceux qui peuvent atteindre un but similaire ensemble. Les grands guerriers seront réunis au coeur des batailles par la force des choses, luttant dos a dos. Les artistes construiront ensembles une oeuvre magistrale, combinant leurs savoirs et leurs talents. Les enfants abandonnés seront recueillis, comblant ainsi le vide des parents ne pouvant pas enfanter. Encore une fois cette loi fut vraie...

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Mercredi 14 mars 2007

Croissance d'une jeune pousse

Les fées sont une race étrange. Depuis des milliers d'années, elles vivent en symbiose complète avec la nature. Et cependant elles ne sont qu'un mythe. Aucun être n'a jamais pu jusqu'à présent entrer en contact avec elles. Ceux qui affirment en avoir rencontrés sont le plus souvent considérés comme fou, reniés par les leurs. Depuis les origines du monde, les fées sont donc considérées comme des légendes, source intarissable d'histoire à raconter l'hiver au coin du feu.


Cependant la vie chez les fées est de plus difficile. Depuis toujours, toutes les races ont supprimé les forêts afin d'agrandir leurs champs ou construire leurs villes. De ce fait, elles ont du se replier au fil des siècles vers les coeurs sombres des forêts. Et au fil des siècles, leur réputation d'être du bien c'est transformée pour que finalement les fées deviennent des êtres maléfiques, vils et sournois. De nos jours, ces êtres beaux et frêles sont donc craintes par la plus part des peuples de ce monde. Craintes pour leur magie, pour leur piège et pour cet affront a la vie que représente leur vitalité éternelle.

Je fus recueilli par les fées. Et élevé par leur Reine. Nourri pendant mes premières années de sève associé a différentes plantes médicinales. L'efficacité de tels mélanges ne sont d'ailleurs plus a remettre en cause. Je devins un jeune elfe déjà grand et élégant. La sagesse des fées m'était transmise dans ma jeunesse. J'appris leurs lettres, leur histoire, haïssant ceux qui les avaient repoussés vers le coeur sombre de la forêt, j'appris les plantes, pouvant survivre plusieurs semaines seul dans la forêt. J'appris les beautés de l'aube et la peur des "extérieurs". J'appris la vie pullulant dans la mort, les insectes dans les souches d'arbres, les chasseurs se nourrissant de leur proie. J'appris le cycle éternel.

Ma taille comparée a celle des fée me paraissait de plus en plus troublante. Je ne sais réellement a quel âge j'ai posé la question a la Reine mais elle me répondit sans détours.


"- Tu n'es pas des nôtres. Nous sommes des fées, tu es un elfe. Nous t'avons recueilli dans des circonstances étranges et tu es le premier de ta race a disposer de nos soins. Tu es né de l'amour de deux être étranger, et repoussé par eux. Regarde tes mains, regarde les miennes. Tu as appris tes chiffres il me semble, alors compte."

Je comptais alors. Comprenant la différence, je fus surpris de la constater. Aucune gêne ne me vint cependant.

"- Tu es différent de nous. Mais différent des elfes aussi. Tu fus repoussé pour cette raison. Confié a nos soins par la Nature qui t'as fait comme tu es. Tu es unique par ton passé, par ton éducation. A toi de savoir si tu deviendras unique par le futur. Tu es un fil de la tapisserie de l'Histoire qui n'aurait pas du être. Tu peux réaliser de grandes choses ou tomber à jamais dans l'oubli. Libre a toi de choisir ta voie"

Je compris alors que mon temps chez les fées était révolu. La reine m'avait remis ma vie entre les mains. Ces mains aux doigts trop nombreux. Il était temps pour moi de sortir du coeur de la forêt. De contempler le ciel et les étoiles autrement que sous le couvert des arbres. De rencontrer les races qui peuplent le monde. De rentrer dans la tapisserie de l'Histoire. D'intégrer mon fil, de jouer un rôle que je ne connaissais pas encore. Il était temps pour moi de vivre!

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
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Mercredi 14 mars 2007

Naissance.

La naissance chez les elfes est, parait il, une bénédiction. Cette affirmation n'est cependant pas toujours vraie. Le destin est parfois facétieux et la Nature suit le destin.

Jamais aucun être parfait ne pourra voir le jour, ni chez les elfes ni chez aucune des races qui peuplent ce monde. Chaque être venant au monde et doté de qualités et de défauts. Un tel pourra être doté d'une force colossalle mais aura du mal à saisir les principes fondamentaux de la cuisine, tel autre sera doué pour les arts mais considéré comme un couard au coeur de la bataille. Le lien entre le corps et l'âme devient alors visible, dans ce sens que généralement, ceux dotés d'un esprit fin et habile dispose d'un corps frêle et fragile. Et les plus intelligents présentent souvent des tares physiques importantes. Nombre des plus justes des Rois étaient infirmes voir aveugles et nombre des plus belliqueux et sanguinaires d'une bêtise à couper le souffle. Les elfes des bois sont cependant épargnés par ce genre de considération. Peut être que la Nature récompense ainsi ces enfants les plus proches, en leur donnant beauté et finesse d'esprit.

Mais la naissance est une bénédiction pour les elfes. Leur nombre s'en va réduisant depuis de nombreux siècles déjà. Alors un nouvel elfe dans la population cela ne peut être que bénéfique et tous les parents sont généralement heureux de voir leur chair et leurs sangs combinés dans le but de créer un nouvel être. En effet, bien que la sensualité et les choses de l'Amour soient bien connues des elfes, les femmes ne sont que rarement fertiles. Contrairement aux humaines, elles ne peuvent être fécondées qu'une fois par an. Et malgré les tentatives de multiplication des partenaires durant cette période, les réussites sont rares. Certains désespèrent, et nombres de couples sont ainsi détruit.

Une naissance est une bénédiction pour les parents. Tous les elfes du royaume viennent visiter le nouveau né. C'est l'occasion de raffermir sa position sociale. Des plans sont ébauchés afin de lui construire un avenir solide et glorieux. On étudie le bambin sous tous les angles. Le mesurant, le pesant, observant ses réactions face a des objets qu'on lui présente. S'il pleure a l'approche d'une épée, il ne sera pas destiné à la voie du guerrier. Si les lumières éclatantes l'attirent, il sera sorcier. Si un serpent s'enroule autour de son corps, il sera en symbiose parfaite avec la nature. Qu'il soit né mâle ou femelle, cela n'a que peu d'importance, l'important c'est qu'il soit né et que son destin soit prévu.

Mais la naissance chez les elfes peut parfois être une malédiction. Sans doute ai-je vu le jour au coeur de la plus sombre des nuits. Peut être suis-je un enfant illégitime ou issu d'un métissage. Peut être ne suis-je pas né. Toujours est-il que je fus abandonné. La perfection physique, ou du moins l'absence de tares, est pour les elfes un signe de bonne santé. La différence physique est un calvaire souvent lourd à porter vu la durée de l'existence elfique, et nombre de parents choisissent d'abandonner leurs enfants plutôt que de les faire souffrir de cette différence pendant une éternité. Ces choses, je ne les appris que plus tard lorsque je sorti de la forêt pour rejoindre les miens. Les événements n'auraient pu être différents car s'intégrant entièrement dans la tapisserie de l'Histoire et c'est donc sans haine que je parle de ce fait.

Mes parents naturels je ne les connais pas. Je les comprends. Si j'étais aujourd'hui moi même confronté à la même situation d'un descendant venant au monde avec six doigts à chaque main, je ne pourrais vraisemblablement être que choqué de la cruauté de la Nature et je déciderais probablement de La laisser prendre soin de ce qu'elle a engendré. Ainsi suis-je venu au monde dans un endroit dont j'ignore tout. Peut être une grande demeure, entouré de serviteurs dévoués. Peut être au fond d'une ferme dans la misère d'une nuit d'hiver. Mais ces choses n'impliquent de toute façon rien chez les elfes. Le paysan peut devenir général et le nobliau simple homme de troupe s'il ne dispose pas des compétences nécessaires.

Les événements suivant ma naissance ont je pense était embellis par ceux qui m'ont recueilli. C'est une tendance fréquente chez les fées de rendre beau ce qui est laid. De faire ressortir du fond de la nuit la plus obscure se mince rayon de lumière qui parfois semble éclairer plus que le plus brillant soleil du zénith. Les fées me racontèrent donc comment elles m'avaient découverte.

Allongé sur un tapis de mousse, au pied d'un arbre, nu comme un ver semblant avoir été enfanté par celui ci. Les lutins me montrèrent l'arbre en question. Et c'est avec respect que je vais régulièrement rendre visite a celui que je considère presque naturellement comme mon père. Bien que toujours aussi somptueux, les années semblent lui peser autant qu'a moi. Ses branches autrefois fortes et puissantes paraissent plier sous le poids des ans. Chaque année, les feuilles vertes le parent à nouveau de ses plus beaux habits mais je sens que chaque fois l'opération lui réclame plus d'énergie, plus d'attention.

Les fées ont l'habitude de trouver des nouveau-nés abandonnés. Enfin l'habitude... la situation s'était déjà produite. Jamais cependant, elles n'avaient prêté attention à l'un d'eux. Jamais la situation ne leur avait parue étrange. Il est dit par elles que je fus enfanté par l'arbre et protégé par les animaux. Il m'a été conté que j'avais passé mes premières nuits entre une louve et un cerf. Ces deux maîtres des bois réunis dans un même lieu avaient attirés l'attention des fées de la forêt et c'est avec une grande surprise qu'elles me trouvèrent, tétant la louve protégée par le cerf. Cependant, il n'était pas dans les coutumes de récupérer les enfants des elfes. De toute façon ceux ci sont naturellement trop hautains et imbus de leur race pour pouvoir s'acclimater a la vie de rigueur des fées. Elles me laissèrent. Mais laissèrent aussi une guetteuse qui me rapporta les événements suivants.

Nombreux sont les animaux de la forêt a avoir prêté allégeance à la louve ou au cerf. Aussi, cette union exceptionnelle fit rapidement le tour des bois. Des terriers sortaient les jeunes lapins pour rendre gloire au cerf, les serpents quittèrent leurs pierres pour jurer fidélité a la louve. Tous se retrouvèrent au pied du chêne, réunis en une assemblée particulière. Les proies et les chasseurs, les paisibles et les guerriers, tous voulaient voir de leur yeux pourquoi la louve et le cerf s'était unis. Et ils virent un elfe, un bébé, nu, enfanté par un chêne déjà millénaire. Et ils virent la louve me nourrir, et la cerf se coucher pour me procurer de la chaleur. Les rois de la forêt me servaient.

Pour les fées, cela ne devait être. L'équilibre fragile pouvait être rompu a tout moment si la situation n'était pas maîtrisée. Ma gardienne sylvestre partit donc prévenir ses soeurs de la situation et elles vinrent pour me prendre. La Reine vint avec ses suivantes et ce n'est qu'a force de discours sages qu'elle réussit à convaincre la louve et le cerf de me laisser partir. Elles m'installèrent dans un panier de branches, et me conduisirent a leur maître demeure. La nuit suivante, le cerf brama et la louve hurla, tout deux de concert comme pour me souhaiter longue vie.

Je serais pour toujours un enfant de la forêt, fils d'un arbre, nourri par une louve, protégé par un cerf, élevé par les fées. Qui peut se vanter de telles ascendances? J'étais considéré comme une erreur de la Nature par mes parents, mais la Nature m'a montré que j'étais son fils et qu'elle veillerait sur moi jusqu'a ce que mon jour arrive...

Ainsi m'a été contée ma naissance. Je doute de la véracité de nombreuses affirmations, les fées ont une verve sans faille pour embellir le laid, mais je ne pourrais malheureusement pas lever tout le mystère qui eu lieu a mon arrivée chez elles. Ainsi elle m'a été contée, ainsi elle a été.

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
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