Lundi 28 janvier 2008

Et le temps sembla s’arrêter.

 

J’avais déjà vécu cette expérience lors de ma première rencontre avec Frumbak, mais elle n’en était pas moins déstabilisante. Plus personne ne bougeait et un silence malsain c’était installé, là ou régnait quelques instants auparavant les éclats de la bataille.

Mon ami nain semblait aussi mal à l’aise que moi, et ses mains étaient crispées sur le manche Sali de sa hache. Il vint à côté de moi pour me glisser quelques mots :

 

« - Ce fut un honneur de combattre à tes cotés l’elfe, mais je doute que nous puissions gagner ce combat. Nul nain n’a jamais survécu à une rencontre par delà le temps avec Imraol, le rongeur de chair. D’après les histoires qui m’ont été contés, c’est lui qui a tué mon père et parait-il, il garde son âme dans une fiole qu’il brandit après les combats pour lui montrer l’étendu de la victoire des sans vie. Je vendrais cher ma peau… et j’espère que tu feras de même avec la tienne l’elfe. Tu fus mon ami, et nos chemins se recroiseront probablement de l’autre côté du monde…

- Je ne le crains pas mon cher nain… je ne le connais ni le craint. Nous avons déjà vaincu ensemble, et cette fois encore nous serons vainqueur de ce combat. Garde espoir, et que la peur n’obscurcisse pas ta lutte. Ensemble nous vainquerons !

- Puissent les dieux de miens te donner raison… »

 

Nous regardions avancer le seigneur des morts…

Il n’avait pas le pas assuré d’un homme dans la force de l’age, mais on pouvait lire dans le port de sa tête et sa façon de poser les pieds, avec toute la délicatesse dont il était capable, qu’il avait été un grand homme, plein de grâce et de pouvoir, dont seul une faible trace transparaissait aujourd’hui. Il avançait droit devant lui, rejetant d’un simple geste de la main les obstacles lui barrant le passage. Il avançait droit vers nous, en nous regardant fixement sans même prendre soin des zombies qu’il écrasait sur son passage. Ses yeux semblait indépendant l’un de l’autre, et je sentais l’un d’entre eux fixé sur moi. Il s’approcha encore…

 

Frumbak et moi attendions. Les Rocs survivants nous entouraient, mais immobile, glacés dans leur lutte. De l’intérieur du cercle formé par ces combattants, nous attendions patiemment…

Imraol n’était plus qu’à une dizaine de mètres de nous et seul le rempart formé par les corps des soldats nains nous séparait encore de lui. Il s’arrêta alors.

 

« - Ainsi, je retrouve les fiers Rocs des nains, dit-il en baissant les yeux vers l’un des soldats. J’en ai tué des centaines… peut être des milliers au cours des siècles, et cette unité existe toujours ? »

 

Il saisit d’une seule main l’un des nains, le souleva et lui arracha tête et casque d’un seul geste rapide.

 

« - Ca ne fera qu’un de moins… »

 

Sa voix était chevrotante. Elle aurait presque pu être attendrissante si son visage n’avait pas été si horrible à voir, et si les mots n’avait pas été prononcés avec une haine palpable. Il attrapa un autre nain.

 

« - Je hais les nains ! »

 

Il le décapita.

 

« - Il ne sont qu’orgueil, puanteur et beuverie. Ils vivent dans leurs cavernes sans autre but que ceux de boire et de devenir riche. Ils sont avides de pierreries, pensant que la richesse leur apportera un quelconque pouvoir… S’ils savaient comme ils se trompent ! La richesse est ce qu’il y a de plus éphémère. Encore plus volage que l’amour des femmes ou la chance au jeu. Ils ne sont utiles à ce monde qu’une fois mort, puis ramenés depuis les obscures terres de l’autre monde pour servir mon armée.

Et vous, vous vous dressez devant moi, pour m’empêcher de purifier le monde de la vilénie des Nains ? Êtes-vous assez fou pour penser que vous pourrez contrecarrer mes plans ? »

 

Frumbak tremblait. Sa poigne sur sa hache semblait s’être relâchée. Je me demande même s’il aurait pu la soulevé à ce moment la… Peut être pour la première fois de sa vie, il connaissait la peur. La peur d’échouer comme son père. La peur de voir son peuple réduit en marionnette pour nécromant mégalomane.

 

« - Je suis Imraol dit le rongeur de chair. De votre peau je me ferais un manteau d’obscurité, dans vos entrailles je lirais mon avenir glorieux et avec vos os je me confectionnerais un collier… Maintenant mourrez !! »

 

Il leva alors son bâton. Je poussais mon ami pour éviter un éclair vert qui sortit de celui-ci. A peine étions nous debout qu’un autre heurtait le sol, puis un autre. C’était un véritable déluge. Nous ne pouvions pas passer à l’assaut, tellement préoccupé que nous étions par l’esquive. Le seigneur des morts riait et le son semblait venir du profond des enfers. Frumbak et moi étions déjà fatigué par le combat… et je ne fus pas surpris de sentir la douleur me mordre la jambe. Le nain sauta à l’abri derrière un rocher. La peur avait sali ses chausses.

 

J’étais allongé. Les éclairs avaient cessés. Le seigneur des morts s’approcha de moi. Je me relevais difficilement et la douleur devait tordre mes traits. Imraol semblait sourire.

 

« - Je me délecte de ta douleur Elfe ! Souffre… »

 

La douleur devint alors plus intense. Je serrais les dents pour ne pas hurler mais je sentais ma vue se brouiller peu a peu.

 

« -Quel délice !! Je vais assouvir ma soif de sang éternel. »

 

Il sorti une longue épée… large d’une coudée au moins qu’il sembla soulever comme un simple fétu de paille. Je baissais la tête, attendant l’inéluctabilité de ma mort.

 

Mais le mage noir avait complètement oublié Frumbak, obsédé qu’il était par son désir de sang. Celui-ci se rappela a son bon souvenir en le chargeant directement au niveau des genoux, lui infligeant une longue entaille qui eu le mérite de le faire chanceler.

 

« - Traître de nain !! Si c’est ce que tu souhaite alors tu subiras la mort avant ton ami. »

 

Il abattit son épée avec une vitesse surprenante. Mais mon ami nain avait déjà sauté près de deux mètres plus loin, ce qui eut le don de faire enrager Imraol. Nous étions tout deux en mauvaise posture, mais nous luttions cœur et âmes de concert. Le grand nécromant ne semblait décidément pas ouvert à la négociation… et encore moins à la pitié. Il nous fallait passer à l’assaut.

 

J’aperçus une brèche alors que le mage noir tentait une nouvelle fois d’abattre son glaive sur Frumbak. Quand son épée était au plus haut, qu’elle allait descendre, son pied gauche se rapprochait légèrement du droit, le déséquilibrait l’espace d’un instant. C’est à ce moment qu’il fallait attaquer. Il fallait frapper en un éclaire, l’erreur n’était pas permise… Je devais pousser mon adversaire à la faute, lui faire commettre l’erreur qui déciderait de l’issu de ce combat. 

« - Et bien ! Si c’est tout ce qu’est capable le maître des morts… Je m’amuserais sûrement plus dans une bonne bagarre dans une taverne ! Criais je »

 

Imraol se retourna, les yeux encore plus rouges que le sang qui coulait de ma plaie. En deux pas immense il fut au dessus de moi et leva son glaive…

 

Maintenant !

 

Je le frappait à la jambe droite, déjà affaiblit par la première charge du nain. J’esquivait la lame du sorcier et lui assenait un deuxième coup en rassemblant tout ma colère. La jambe ne résista pas. Imraol tomba lentement. Il hurla et son crie me glaça le sang.

 

« - Que vienne a moi le puissance de Cemiros l’obscur. Qu’il me donne son corps pour vaincre la Lumière, qu’il me donne sa rage pour arracher la Vie, qu’il me donne sa force pour écraser le Pur ! »

 

Même à terre, il restait terrifiant. Frumbak était retourné se cacher derrière son rocher et me hurlait de venir le rejoindre.

 

« - Il invoque le Dieu Noir, hurlait il paniqué, nous ne pouvons vaincre !! »

 

Etrangement, je ne sentais pas la peur. Je ne connaissais pas ce Dieu Noir, je ne le craignais donc pas. Imraol était toujours allongé sur le sol mais pris de soubresauts grotesques. Il semblait en proie à une douleur terrible mais riait cependant. Je n’étais pas tétanisé par la peur, mais j’étais simplement curieux de voir ce que me resservait cet adversaire.

 

L’obscurité était complète. En tant qu’Elfe, je voyais la nuit comme en plein jour, mais cette nuit était l’œuvre d’un Mal tellement brut que je ne distinguais que difficilement les formes. Le corps d’Imraol sembla grandir. Le membre tranché repoussa étrangement. Il ne s’agissait pas d’une jambe, mais de plusieurs, tels des tentacules perverses. Ses bras s’allongeaient et ses doigts parurent se multiplier. Il s’était relevé. Il n’avait plus aucune prestance. Il ne ressemblait plus qu’a l’un de ses soldats. Beaucoup plus grand, beaucoup plus monstrueux, mais juste un soldat…

 

« - Par la noirceur de ce monde je vais t’écorcher vif Elfe ! »

 

Sa voix n’avait plus rien d’attendrissant. Elle était emplie de haine, de vilénie. Elle était forte et directe, pas chevrotante comme quelques temps auparavant. Il poussa un cri dans une langue que je ne connaissais pas et se mit à vomir une épais feu noir. Je ne bougeais pas. Serein… étrangement serein.

 

Le feu se dispersa juste devant mes yeux. Je sentais la chaleur mais pas la brûlure. Une pâle lumière blanche. L’enfant. L’enfant que j’avais vu dans les sombres marais d’Imraol se tenait devant moi, me protégeant des flammes tel un bouclier. Il se tourna vers moi et me sourit.

 

« - Il est temps Maelan… Temps que tu prennes conscience de l’ampleur de ton pouvoir, et de toutes les responsabilités qui en découle. Tu aurait du être encadré dès de ton plus jeune age par les plus puissant, mais l’ardeur des Elfes a conserver une lignée pure en a décidé autrement. C’est maintenant qu’il te faut apprendre. Maintenant que tu dois t’ouvrir, maintenant que tu dois découvrir la magie… 

- La magie ? Je ne suis qu’un Elfe abandonné par les siens, adepte des danses de la mort, pas des mots obscurs.

- La magie n’est pas forcément obscure. Souviens toi les fées. Souviens toi la louve et le cerf. Tu es le protégé d’Erda, la Mère de toute chose. Elle est souveraine sur cette Terre comme tu seras un jour Roi d’une autre. Ne réfléchit pas, agit simplement. »

 

Imraol vomissait toujours ses flammes mais la chaleur n’était plus une gène. Je fermais les paupières, retrouvant mon calme, je sentis une palpitation bizarre dans le fond de mon ventre. C’était comme un deuxième cœur, drainant un autre sang dans mon corps, une autre énergie. Je ressentais le même battement long, profond autour de moi. Les fées m’avaient dit les mots.

 

* Naï tiruvantel ar varyuvantel i Erda tielyanna nu Vilja *

 

Le ciel s’ouvrit littéralement. Un rayon de lumière d’une blancheur éclatante éclaira le champs de bataille un instant. L’incarnation de Cemiros se figea sur place. Je saisis alors mon arc que j’avais gardé dans le dos. Je pris deux flèches dans mon carquois, les deux dernieres.  Je les encochais

 

« -Erda, guide mon trait… »

 

Pour la première fois je priais. Une déesse que j’étais censé connaître mais dont j’ignorais tout. Une déesse que je devrais apprendre à connaître et à représenter. Les flèches volèrent. Droit d’abord, puis s’enroulèrent l’une autour de l’autre. Un éclair blanc éblouissant et j’aperçus un cerf qui renforcer l’immonde Imraol puis une louve au poil argenté qui lui sautait à la gorge pour en extraire la vie.

 

Le garçon me sourit.

« - Tu as vaincu. Tu seras grand Maelan si tu marches dans le juste chemin que t’indiquera la Déesse. Il me faut partir… savoure ta victoire, mais reste sur tes gardes. D’autres combats d’attendent… »

 

Il disparu ainsi que la louve et le cerf. Imraol avait retrouvé son apparence initiale mais gisait sur le sol, sans une once de vie.

 

Le temps reprit son court et en une fraction de seconde, tous les morts s’écroulèrent comme un château de carte.

 

Les nains étaient perdus. Frumbak me regardait presque avec crainte. Les nains avaient vaincus mais j’allais devoir leur expliquer comment…

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
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