Vendredi 28 septembre 2007

L’armée des nains

Le ventre de la terre vomissait une foule de petits personnages velus et surexcités. En première ligne venaient les généraux, fièrement dressés sur leurs chars tirés par des sangliers aux yeux étrangement rouges. Le plus majestueux des «équipage s’arrêta à notre hauteur. Les sangliers furieux grattèrent le sol avec force, visiblement impatient eux aussi d’aller au combat. Le char était presque entièrement rehaussé d’or et de pierres plus précieuses les unes que les autres, et les roues présentaient des lames tranchantes travaillées dans un métal qui semblait changer de couleur suivant la lumière. L’ensemble était tout à la fois terrifiant et fascinant.

Un nain chauve, plus petit que Frumbak en descendit. Il n’avait pas de barbe mais les nombreuses cicatrices qui étaient visibles sur son visage ne laissaient aucun doute sur son expérience du combat. Ses yeux pétillaient comme deux étoiles dans la nuit noire. Il s’approcha de nous, me jeta un simple coup d’œil puis s’arrêta devant Frumbak pour lui administrer une somptueuse baffe.


« - Torboyo !! Vous êtes un incapable !! Vous avez une ville avec des défenses solides et vous êtes incapable de tenir la position à trois contre un. Que dirait votre père ? »

Frumbak baissa la tête. L’armée naine s’était arrêtée derrière son général et tous observaient la scène. Mon compagnon était humilié publiquement et semblait avoir perdu tous ses moyens. Je me levais et m’avancais vers ce nain imberbe et visiblement imbu de sa personne.

« - Où étiez vous lorsque le soleil est tombé à l’horizon ? Lorsque les hommes de cette ville étaient si effrayés que partout on pouvait sentir l’urine qui salissait leurs chausses ? Qui êtes vous pour nous dire à combien d’ennemis nous avons fait face ce soir ? Je doute que quiconque ait pu tenir cette position même à deux contre un ! Et nous étions que cinq cents pour faire face à cinq milles ! Ce qu’aurait dit son père ? Tu t’es battu avec honneur fils, maintenant reprends ta hache et ton courage, nous avons une ville à libérer. Qu’importe ce qui s’est passé ici cette nuit. Vous êtes arrivé trop tard pour nous soutenir, et il va falloir maintenant se battre rue par rue pour reprendre la ville ou simplement la laisser aux mains de l’ennemi. Je sens que la deuxième option vous tente beaucoup plus… Vous n’avez que faire de cette ville et de ses habitants ! Vous êtes un pleutre égocentrique imberbe et vraiment petit.


- Tais toi elfe !
- Que je me taise ? Vous sentez vous insulté maître nain ?
- Tu es bien comme tout ceux de ta race… Une langue trop pendue et des bras trop faibles. Retournes donc parmi les tiens, à rester caché sous les arbres, à chanter je ne sais quelle comptine racontant les exploits réalisés par ta race il y a plusieurs milliers d’années. Les elfes ne sont que de vieux fous séniles, se vautrant dans une gloire de plus en plus ternie par la passivité face aux événements actuels.
- Je ne suis elfe que par ma naissance…Mon éducation vient d’un peuple encore plus ancien, mes armes je les ai reçues de mon père adoptif qui était humain, comme la moitié des habitants de cette ville. Et le courage je l’ai appris de celui que tu traites d’incapable…"


Pendant plusieurs minutes, nous sommes resté face à face. Je n’avais aucune légitimité et je tenais tête au général de l’armée naine… Action inutile au possible. Nous aurions passer des jours à nous insulter, traitant nos races et nos ancêtres de tout le noms d’oiseaux possibles et imaginables, mais la raison de la présence de l’armée naine se rappela à notre bon souvenir.

Au bout du défilé, j’aperçu par dessus la tête du nain un grand cavalier noir sur un cheval squelettique. Mon regard croisa ses yeux rouges…


« Les nains ne sauveront pas la ville. J’en suis le maître, et chacun des hommes tombés ce soir est venu renforcer les rangs de mon armée… vous allez mourir ici, et maintenant ! »

Le lien se rompit alors, m’infligeant au passage une terrible douleur a la tête,  et une sombre corne tonna dans l’obscurité. Derrière le cavalier, surgit une première ligne d’ennemi, puis deux puis cent. L’armé des morts avait déjà traversé la ville et s’apprêtait maintenant à anéantir les forces venues secourir la cité de Kalandar. Le grand nécromancien restait seul au milieu de ses troupes, tel un rocher dressé fièrement au milieu d’un torrent en furie.


Le général restait coi. Des murmures de terreur s’amplifiaient dans les rangs de ses troupes. Déjà certains commençaient à reculer pas à pas, pour ne pas se trouver en première ligne lorsque que les deux armées entreraient en combat rapproché. Bien que lente, l’avancée de l’armée morte semblait une fois de plus inéluctable. Le général, dont la langue était si vive quelques instants auparavant, semblait soudain plus muet que la plus muette des carpes.

Frumbak le regarda un instant, puis tourna son regard vers moi


« - Merci, mon ami, mais la nuit n’est pas encore finie… Il semble que notre bon général ne s’attendait pas à un comité d’accueil si impressionnant. Laissons le réfléchir à la meilleure technique pour faire face à la menace, et allons combattre. »

Il se tourna alors vers l’armée naine, qui se désorganisait peu à peu, et leur hurla

« - Mes frères !! Mes chers frères, j’aurais tant voulu vous retrouver dans d’autres circonstances, mais le temps nous manque. Vous êtes venu ici pour une raison unique ! Faire barrage de vos haches, de vos corps et de votre courage à l’armée du seigneur des morts ! Et vous reculez alors que le plus beau des combats s’annonce ? Êtes vous resté si longtemps dans les taverne à boire que vous en avez oublié la chaleur réconfortant du sang qui s’écoule de vos blessure ? Avez vous oublié aussi le bruit du crâne qui explose sous un coup de marteau ? Avez-vous effacé toute trace de ce courage qui fait de nous, les nains, le peuple le plus intrépide de tout le monde connu ? Si c’est le cas, alors fuyez, retournez dans vos grottes et attendez que la terre s’écroule autour de vous ! Retournez dans les jupes de vos mères et pleurez en attendant que la mort vous frappe ! »

Les nains, déjà petit, baissaient la tête. Frumbak avait touché juste. Depuis trop longtemps les guerriers étaient inactifs et ramolli par des litres de bière bu par habitude…

« - Moi, Frumbak Torboyo, fils de Garjock Torboy mort au combat en sa position de général, je lutterais !! Seul s’il le faut !! Ma hache tranchera les corps de mes ennemis ! J’offrirais mon corps avec joie à la folie destructrice de ses êtres que je hais tant ! Mais ils payeront cher le prix de ma vie, s’ils arrivent à me la prendre. Et si je tombe, je serais fier de m’être battu comme mon père avant moi, je serais honoré d’avoir lutter pour protéger l’honneur et la vie du peuple nain, je partirais en sachant que j’aurais fait mon possible, sans regret ni remord… Lutterais je seul ? »

Etrangement, le silence était tombé à ses derniers mots. Le temps semblait suspendu. Même l’armée des morts paraissait attendre. Pendant un instant, la nuit sembla moins noire, et un mince rayon de lune parvint à rompre l’épais nuage pour illuminer Frumbak. Son armure, bien que couverte de poussière et de sang, étincela un bref moment alors qu’il sortait sa hache. Il parut plus grand, plus fort, tel un ancien Dieu guerrier des nains. Il leva la tête vers le ciel et murmura d’ancienne incantation, appelant à lui les forces des roches et le pouvoir de la lumière dans sa langue dure et gutturale.

« B'zugda-hiara »

Le sol trembla, et subitement sa hache se mit à brûler d’un sombre feu. Il cria à nouveau

« Lutterais je seul ? »

Je voyais mon ami d’un œil neuf. On sentait dans ce moment critique toute la force de son ascendance. Il n’était pas seulement un nain. Il était fils de général, né pour protéger son peuple, pour le mener dans les heures sombres, le faire se dresser fièrement face à l’adversité. Je me suis alors levé, et prêt de mon ami, je dressais à mon tour mon épée dans la lumière de la lune.

« - Je lutterais ! »

L’armée naine sortie de son mutisme. Les nains regardèrent un instant le ciel puis leur nouveau leader. Et d’une seule voix, ils crièrent en levant leurs armes :

« - Nous lutterons ! »

Dans un tonnerre assourdissant, l’armée se mit en branle, d’un pas serein puis de plus en plus vite. J’étais en première ligne et prêt de moi se trouvait le nouveau général nain… Il riait en levant sa hache et lorsqu’elle s’abattit sur le premier ennemi à porté, je l’entendis hurler

« - Voila mon rêve !! Je serais général jusqu'à ma mort !! Gloire aux nains !!»

 

 

Par Maelan - Publié dans : maelan-lelfe
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